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Lettres de Guerre - 2 décembre 1914

 

L'année 2008 verra la commémoration du 90 ème anniversaire de l'armistive de la grande guerre. L'occasion pour Arkae de recueillir la mémoire de ces poilus qui ont payé chèrement leur engagement comme le témoigne l'impressionante liste du monument au mort. Voici quelques témoignages :  Le premier est signé de Pot bihan Boun ( le petit gars de Bodenn) qui écrit à sa cousine Catherine Laurent qui habite Plas An Itron au bourg.

 

« Ma Chère cousine. J’ai reçu ta lettre ce matin avec beaucoup de plaisir, car étant là, seul dans sa tranchée à avoir des idées si lugubres, on n’aime bien avoir quelques nouvelles à lire, surtout quand elles sont aussi bonnes que ceux que tu viens de m’annoncer. Tu me parlais de la mort de J.Y.. Je savais avant, puis en même temps, j’ai eu une lettre de Hervé m’apprenant aussi cette nouvelle, qui fut très triste pour moi. J’aimais bien ce camarade, ainsi que Louis Le Roux. Lui, paraît-il, n’écrit plus non plus ; j’ai su ça par une personne qui doit pourtant recevoir souvent de ses nouvelles. J’attendais aussi des nouvelles de lui. Je m’étais dit que peut-être il n’avait pas le temps : moi, du temps que je courais la Belgique, je ne pouvais pas écrire quand je voulais non plus. Jean Le Roux ne m’a j’amais donné de ses nouvelles. Moi je ne peu pourtant pas lui écrire n’on plus puisse que je n’ai pas son adresse. A vous autres, ça m’étonne qu’il reste sans écrire. Il a une sœur qui n’est pas trop courageuse à écrire n’on plus. Mathias ne m’a pas encore écrit n’on plus, mais je lui ai écrit que dernièrement n’on plus, manque de savoir son adresse également. Il est du côté de Reims. Moi, j’ai combattu là également. J’ai été à Prunet quatre jours sous les obus. Là, j’avais  vu encore des tristes spectacle devant mes yeux. Hervé Bacon fut blessé là aussi. De là, nous sommes revenu du côté de Saint Thény( ?), et quand nous passions par Reims, les premiers obus tombaient sur la cathédrale à 100 m. de nous. Je t’assure en ce moment je ne pensais pas à ma connaissance, puis ça nous arrive souvent . N’oublie pas de rendre le bonjour à Jean Péron et de lui faire part de ma misère. Je ne lui souhaite pas d’y aller, pas plus qu’à François, car ils n’auront pas la bonne place ici. Mathias doit combattre maintenant comme moi, mais je ne le dit pas à ma sœur. Nous ne sommes pas malheureux. Moi, je passe la moitié de mon temps dans les tranchées, comme je suis à l’instant. Le jour, nous sommes assez tranquille, la nuit nous sommes tous debout, prêt à recevoir les attaques. Les boches sont à environ 500 m. de nous. Quand on montre la tête, tout de suite ils tirent. Nous de notre côté, nous faisons pareil. Ainsi, on attend la mort à toute heure. Nous sommes assez bien nourri, c’est du froid qu’on souffre des fois. Tu souhaiteras aussi le bonjour à Anna : est-ce qu’elle grossit toujours ? Les jeunes filles doivent pleurer maintenant de voir tuer tant de jeunes hommes. La mienne me rend heureux, elle me reste fidèle, et très souvent je reçois de ses nouvelles.

Dimanche, Louis Barré a été me voir. Lui est aussi au 3° dragon, il est éclaireur avec un régiment de territorial. Il m’avait dit que le 3° dragon, l’active, a été écrasé du côté de Bismuthe. Ainsi, je suis inquiet avec la situation de mon cher Louis. Nous avons tant rigolé ensemble, tous les trois, mais hélas, ces beaux jours, je ne l’ai verrai plus. Puis ça me fait penser aussi quand viendra mon tour. Je me demande comment que je suis encore en vie ; plusieurs fois, je me suis pourtant dit que c’était fini. A la première bataille en Belgique, à Amis sur Sambre, le soir, je rassemble la compagnie : d’abord nous n’étions que 29 sur 264 que nous étions le matin, mais quelques jours après, lorsque nous fûmes tous rassemblés, nous nous retrouvions à 140, ça n’empêche, ça commençait bien. Huit jours après le 29 à Saint-Richemon, la bataille n’avait pas duré plus de une heure, puis nous ne restions que 80 sur les 140, et pas d’autre chef plus ancien que moi : pendant 5 jours, je suis resté seul avec ses 8O poilus, sans argent : le sergent-major fut tué, il avait 1900f. sur lui, le boni de la compagnie, tout était resté. Alors, voyez notre misère après : on ne touchait presque rien, et nous vivions avec des patates qu’on arrachaient dans les champs et qu’on cuisaient avec de l’eau sans sel. Quand on pouvait, on prenait les poules et les lapins dans les fermes abandonnées. Jamais, je n’ai vu un pays aussi beau que la Belgique, ni des gens aussi aimables. Donnez-vous une idée maintenant de ce que c’est, les fermes toutes brulées, et pas un seul animal ne reste. Ici, au Nord de la France, c’est pareil, et beaucoup de ces fermières-là ne sont pas excentes de perdre leurs maris n’on plus, alors vous voyez quel avenir pour elles. Considérez-vous heureux dans votre chère Bretagne ; je suis heureux de savoir que les miens ne souffre pas de trop de la guerre.
Enfin, ma Chère Catherine, je crois que c’est assez pour une fois. Donc je te quitte en serrant cordialement les extrémités des cinq phalanges, ainsi qu’au vieux François, veinard que tu es, et à vos enfants. Ah ! quel plaisir si j’aurai encore le plaisir d’aller vous voir. Bons baisers à tous.  Votre cousin « pot bihan Bouden » qui vous aime. A revoir et à bientôt. Je suis fatigué à écrire sur mon jenou, c’est mon bureau maintenant.  »