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Pélerinage des Quimpérois à Kerdévot (1870)

 

Ce texte est la traduction d’un article intitulé « Kemperiz e Kerzevot » et publié par le journal Feiz ha Breiz en 1870 (numéro 296, daté du 1er octobre, pages 277-278). Il relate le pèlerinage effectué par des Quimpérois à Kerdevot le 20 septembre 1870, alors que les évènements se précipitaient autour de Paris assiégée par les Prussiens. L’article est signé « Ur c’hrouadur da Intron Varia Kerzevot » (un enfant de Notre-Dame de Kerdevot), et le post-scriptum est de la main de Goulven Morvan, le prêtre nommé par l’évêché pour lancer et gérer ce journal.

 

« La France est sauvée ! ». Voilà les paroles d’une mère chrétienne à ses enfants quand elle s’en revint de Kerdevot, le 20 de ce mois. « La France est sauvée ! » quand enfin nous sommes venus faire appel à Notre-Dame.

Que s’est il donc passé de nouveau à Kerdevot, le 20 de ce mois ? Quoi ? Quelque chose qui est susceptible de donner de la confiance à ceux qui l’avaient presque perdue. Voici un petit mot sur cette belle journée.

Des Quimpérois, épouvantés par les pertes successives de nos soldats, affligés au fond de leur cœur de la défaite de leurs enfants, de leurs compatriotes, se sont massés au pied des autels, ont rempli tous les soirs l’église de Saint Corentin. Plus nombreux que jamais, ils se sont agenouillés pour recevoir la communion ; ils ont cherché partout la bénédiction du ciel, et le ciel semblait toujours rester sourd à leurs prières.

Alors, quelques dames bien connues pour leur haut rang ont pensé que Kerdevot était la chapelle où la Vierge est le plus aimée en ce pays. Il leur est venu à l’esprit que Notre Dame de Kerdevot avait fait cesser la peste dans le pays d’Elliant et ses alentours il y a plusieurs siècles. Il leur est revenu qu’on trouve encore des gens qui ont été guéris par miracle dans cette chapelle sainte : une fille d’Edern, muette depuis huit ans, a retrouvé la parole le jour du grand pardon devant des milliers de personnes, c’était en 1849. Un autre, infirme depuis longtemps, a retrouvé la marche. Et beaucoup d’autres n’ont reçu plein de grâces rien qu’en mettant leur confiance en la Vierge. Que font donc les grandes dames de Quimper ? Elles firent le voeu d’aller en pèlerinage à Kerdevot et d’y faire dire une messe pour tous les soldats de France.

Dans l’heure, tout Quimper apprend le vœu avec le plus grand enthousiasme. Sans tarder, avec l’argent de la messe, c’est plus de 80 francs qui sont collectés pour la chapelle. Le Curé de Saint Corentin, qui dans toutes ses missions n’a jamais oublié de prêcher à ses frères l’amour qu’ils doivent porter à la Vierge, annonça, lors du prône de la grand’ messe, le vœu qu’avaient fait ses paroissiens d’aller faire pardon à Kerdevot le 20 Septembre.

Le mardi à cinq heures du matin, les Quimpérois sont sur pied. Depuis la Croix de l’Hôpital, le lieu du rendez-vous, ils s’avancent, chacun dans son groupe, vers le Grand Ergué, le chapelet en mains.

Je ne vous parle pas de l’air vif du matin, des trois lieues qu’il y avait à parcourir avant d’arriver à Kerdevot, du silence général, du grand âge de beaucoup de dames qui avaient quitté leur maison à jeun. La hâte qu’elles avaient toutes de voir Kerdevot leur faisait oublier leurs peines.

Vers sept heures et demi, beaucoup de pèlerins arrivent pour suivre la première messe et l’église, qui peut contenir jusqu’à 900 personnes, est déjà trop petite. Chacun, le chapelet à la main, plusieurs, un cierge dans l’autre, tous agenouillés à même la pierre, tous ont les yeux fixés sur l’image de la Vierge Marie ou sur son autel, qui n’a pas d’égal dans l’évêché de Quimper. Plus de cent personnes communient à cette messe, et à peine est-elle terminée qu’ils entonnent aux quatre coins de la chapelle, une salutation à la Vierge Marie dans le plus beau des chants. Oui, à vrai dire, ce chant était un triomphe et, pour la première fois dans ma vie, j’ai été porté à croire qu’il était possible de chanter en ce pays aussi bien que dans d’autres, connus pour leurs chœurs. Tous donnaient l’impression d’être déjà vainqueurs de nos ennemis ; ils donnaient l’impression de tenir dans leurs mains la vie du dernier Prussien.

A neuf heures et demie, quand commence la seconde messe, celle pour les soldats, plus personne ne peut s’agenouiller dans la chapelle, et les deux cent personnes qui s’approchèrent pour communier, ne purent s’approcher qu’avec beaucoup de difficulté. A la fin de cette messe, comme s’ils avaient déjà obtenu satisfaction à toutes leurs demandes, ils chantèrent de tout leur cœur le Magnificat, ce merveilleux cantique laissé entre nos mains par notre mère elle-même et dès lors, on n’entendit plus que des chants dans la chapelle toute la journée.

Les treize cents ou quatorze cents personnes venues à Kerdevot se retirèrent petit à petit. Leur cœur réjoui, avec l’espoir, comme le disait une des dames de Quimper, d’entendre le jour même une bonne nouvelle.

Celle-ci est venue sans tarder, le corps d’armée du général Fritz a été battu par notre général Vinoy, le jour même du pèlerinage des Quimpérois à Kerdévot.

La Vierge Marie écouta ce jour-là ses enfants, elle ne cessera plus de les écouter jusqu’à ce que ce cri d’une mère de famille ne devienne réalité : « La France est sauvée ! »

Un enfant de N.D. de Kerdévot

Le 27 du mois il y a eu à Kerdevot un pèlerinage encore plus beau que celui du 20. Le mardi 20 septembre, il n’y avait à Kerdevot que des Quimpérois, le mardi 27 il y avait en plus les gens du Grand Ergué et des paroisses alentours. Il y avait ce jour-là entre trois et quatre mille pèlerins et il y a eu entre cinq et six cents communiants.

 

Goulven Morvan