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Saint-Guénolé : une restauration qui ne restera pas sans suite

Interview de Pierre Le Bihan

 

Nous ne pouvions clore cette année « Saint-Guénolé » sans précisément laisser le dernier mot à la chapelle du Quellennec.

Nous sommes allés à la rencontre de Pierre Le Bihan de Ty-Glas. Nous avons voulu évoquer avec lui sa participation à la restauration de Saint-Guénolé dans les années 1970-74 et recueillir son sentiment, aujourd’hui face à l’édifice prêt à aborder le troisième millénaire dans toute son élégance retrouvée !

 

L'édification de la chapelle

Pierre Le Bihan explique tout d’abord comment il s’est opposé avec d’autres habitants du Quellennec au projet de l’abbé Breton d’utiliser les pierres de Saint-Guénolé pour l’édification de la chapelle de Ker-Anna. En effet, pour lui il s’agissait d’une part, de respecter un vœu, un choix des anciens ; d’autre part, Saint-Guénolé constituait là sur cette petite hauteur du Quellennec un centre de vie tout autant religieux que populaire, flanquée alors de deux cafés-commerces.

Le Conseil municipal, sous le mandat de Jean-Marie Puech, avalisa le projet de restauration. Pierre Le Bihan, à la demande du recteur Morvan, accepta alors de se faire sculpteur pour réaliser le décor de l’autel. Il nous donne l’origine du motif : un cœur d’où sortent des flammes, entouré d’ondulations. Il s’en trouve un semblable sur une tombe du cimetière de Saint-Guénolé Penmarc’h. Le cœur symbolise l’amour, les flammes, la foi et l’eau, le baptême. Pierre le Bihan raconte qu’il se consacrait à cet ouvrage après son travail de cultivateur et qu’il a eu à souffrir quelque peu l’impatience du recteur ! Il avoue avoir été assez heureusement surpris du résultat mais ne pas avoir persisté dans l’art du ciseau par la suite.

 

Comité de Saint-Guénolé

 Cependant, à l’issue de cette première restauration, la vie n’avait pas repris à Saint-Guénolé. Les pardons étaient tombés en désuétude. Autrefois avaient lieu un petit (1er dimanche de mars) et un grand pardon (3e dimanche de Juillet). L’office, jusque dans les années trente, se terminait par le baiser aux reliques de Saint-Guénolé, alors conservées dans le maître-autel. La procession reprenait les bannières entreposées à l’église paroissiale et faisait le tour du Quellennec. Il a fallu attendre 1991 et la formation du Comité de Saint-Guénolé pour voir revivre le grand pardon et sa kermesse telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le légendaire plane toujours autour de la chapelle. Légende des origines, bien sûr, et M. Le Bihan est un familier de la légende de saint Guénolé. L’influence de cette légende se fait sentir jusque dans le récit de cet orage de 1911, fatal au clocher de la chapelle. Pierre Le Bihan a toujours entendu dire que c’était le saint lui-même qui avait commandé cet orage et il a gardé en mémoire un récit qui laisse à penser que l’événement fut spectaculaire : des hêtres s’élevaient à l’époque devant Saint-Guénolé qui ont pu attirer la foudre; un éclair a d’abord abattu le clocher, puis sous la forme d’une boule de feu aurait roulé dans l’habitation voisine, passé entre les pattes d’une jument et  fini sa course en ôtant la vie à une poule qui couvait. 

Quant au trésor de Saint-Guénolé, quelques « oeuvriers » employés à sa restauration ont bien sondé les pierres mal scellées ici ou là et même le sous-sol mais en vain…

 

La réédification du clocher

Pierre Le Bihan ressent aujourd’hui une grande fierté devant cette chapelle : fierté d’avoir réussi à sauver une première fois l’édifice, fierté d’y avoir mis un peu de lui-même au travers de la pièce majeure que constitue pour un édifice religieux son autel, fierté de voir la nouvelle génération prendre le relais au point de faire aboutir un vœu cher aux habitants du Quellennec depuis longtemps : la réédification du clocher de leur chapelle.

Cette restauration ne marque pas un point ultime à la mobilisation autour de Saint-Guénolé : le comité a annoncé son engagement pour la remise en état du calvaire et pour le maintien du pardon. La municipalité d’Ergué-Gabéric a inscrit Saint-Guénolé au concours « Les Rubans du patrimoine » qui récompense au niveau national une initiative en matière de restauration. L’Office de Tourisme souhaite l’inclure dans ses circuits intercommunautaires… Nul doute que la chapelle fera  encore  parler d’elle au-delà de l’an 2000.

 

Keleier arkae n° 8 décembre2000